La conception d'ensemble de ce périmètre est de Paul Andreu, son aménagement est de Jean-Michel Wilmotte pour les quartiers de Tolbiac et de Masséna. Patrick Céleste pour le quartier Austerlitz.
L'avenue de France, nouvelle artère majeure de la capitale, reliera la gare d'Austerlitz au boulevard Masséna et constitue l'épine dorsale de l'opération autour de laquelle s'organisent tous les quartiers. Elle croise toutes les rues qui descendent du 13e vers la Seine.
Une place importante y est accordée aux piétons et aux vélos qui disposent de larges trottoirs et d'un terre-plein central planté d'une double rangée de Ginkgos Bilobas. Les bus circulent en site propre dans les deux sens. Le tronçon entre le boulevard Vincent-Auriol et la rue Raymond-Aron, est ouvert depuis fin 1998.
Un deuxième tronçon, depuis la rue Raymond-Aron jusqu'à la rue Neuve- Tolbiac, est ouvert depuis octobre 2001. Un dernier tronçon, entre la rue Neuve-Tolbiac et la nouvelle rue des Grands Moulins, a été ouvert en août 2002. La partie de l'avenue comprise entre le pont Charles-de-Gaulle et le boulevard Vincent-Auriol a été baptisée avenue Pierre-Mendès-France en 2002. Depuis septembre 2003, la circulation automobile est possible entre le pont Charles-de-Gaulle et la place dite "Paul-Klee". Les piétons peuvent l'emprunter sur toute sa longueur.
Une avenue de Paris
L'architecte coordonnateur, Paul Andreu a observé les avenues et les boulevards de Paris. Il a analysé ce qui fait que l'une est plus agréable que l'autre, qu'on s'y sent mieux, qu'on s'y rend plus volontiers.
ll a réfléchi aux types de bâtiments qui allaient border l'avenue de France, à leur volume, à leur hauteur, à la lumière qu'ils laisseraient passer et à l'ensoleillement correspondant.
Il a proposé différents types d'aménagement : des voies de circulation pour faire passer les bus, les voitures, les vélos et les piétons. Il a déterminé des principes d'ensemble. Le plus subtil est d'arriver à doser la quantité de règles que l'on impose pour garantir l'homogénéité de l'avenue tout en préservant la capacité d'autonomie nécessaire à chaque architecte intervenant ensuite pour exprimer sa propre vision.
"Quand on prépare une avenue, on ne pense pas en terme d'oeuvre, mais on prépare le champ pour les oeuvres des autres." Cette phrase de Paul Andreu illustre bien la fonction qu'il s'attribue dans la genèse de la nouvelle avenue : offrir un cadre aux interventions des autres.
Un dessin à grands traits
L'avenue de France doit ouvrir sur les rues et les îlots avoisinants, desservir les immeubles de bureaux et de logements qui la bordent, faire traverser le quartier. On doit déterminer sa largeur, la hauteur des bâtiments, la taille des trottoirs, la largeur et la nature des voies qui y passent... Ce sont ces dimensions coordonnées les unes aux autres qui vont déterminer l'espace de l'avenue, son dessin général et l'atmosphère qui en découlera.
À terme, elle va donc comporter un trottoir de 8 mètres de large au nord, là où le soleil arrive et où il fait bon se tenir, et de 4 mètres au sud, prolongés d'une galerie de 4 mètres à l'abri des portiques des bâtiments (un peu comme la rue de Rivoli face au jardin des Tuileries).
Le terre-plein central reçoit une double rangée d'arbres, des ginkgos bilobas, connus pour la richesse de coloris de leur feuillage, ainsi qu'une voie piétonne et une piste cyclable.
De part et d'autre roulent les bus et les voitures. Ces dernières ne peuvent stationner sur les côtés de l'avenue : une double hauteur de trottoir les en empêche.
Des détails essentiels
Deux architectes sont intervenus aux côtés de Paul Andreu pour déterminer "les traitements de surface" des deux parties de l'avenue, c'est-à-dire le choix des matériaux pour le revêtement des sols, le dessin des grilles de ventilation pour les voies de chemin de fer souterraines, celui des bancs, des lampadaires, le tracé de la circulation des voies. Patrick Céleste a définit celui de l'avenue Pierre Mendès-France, située entre la gare d'Austerlitz et le boulevard Vincent-Auriol , et Jean-Michel Wilmotte a réalisé l'aménagement de l'avenue de France comprise entre le boulevard Vincent Auriol et le boulevard Masséna.
Pour Jean-Michel Wilmotte, l'avenue de France s'inscrit dans un univers où le rail est présent, avec la gare d'Austerlitz, le RER et Météor. Il traite les grilles de ventilation et les grilles d'arbres de l'avenue de France avec le même dessin de forme légèrement bombée et de couleur vert wagon. Reliées les unes aux autres, les grilles forment une bande continue sur toute la longueur de l'avenue.
Pour Patrick Céleste, les choix en matière de traitement de surface ne doivent pas se faire sentir, il faut aller vers le plus de simplicité possible pour que le passant éprouve dans la nouvelle avenue un sentiment d'évidence, comme si le lieu avait toujours existé. Pour que ce travail d'urbanisme semble couler de source, il faut aller chercher dans les moindres détails l'harmonie et la fluidité, et aller à l'encontre d'un certain " bavardage ".
Le vélo à Paris Rive Gauche
Répondant aux besoins des parisiens de plus en plus nombreux à circuler en vélo, la présence d'une piste cyclable sur l'avenue de France s'est rapidement imposée. Dans la continuité de la politique menée dans toute la capitale, la voie réservée aux cyclistes s'inscrira avenue de France sur le terre-plein central. Des aménagements sont prévus pour passer d'îlot à îlot et franchir les différents carrefours.
Les lampadaires et les bancs
Tout le mobilier urbain présent sur l'avenue de France a été dessiné pour la Ville de Paris par Jean-Michel Wilmotte. L'éclairage est mixte : des lampadaires de voirie de 11 mètres alternent avec des éclairages piétons de 4,50 mètres. L'architecte a également dessiné les bancs simples et doubles alternant sur le terre-plein central.
Le sol et les escaliers
Dans la partie de l'avenue entre la gare d'Austerlitz et le boulevard Vincent-Auriol, Patrick Céleste a porté une grande attention au choix des matériaux pour le sol. Il a engagé un dialogue avec un spécialiste de la pierre et de la voirie pour mettre au point un système de dallage.
La dimension des pierres, leur couleur, la façon dont elles sont assemblées, conditionnent la perception de l'espace, de la perspective et de la déambulation. C'est un même travail de précision qu'il a mis en oeuvre pour dessiner les escaliers qui traversent les bâtiments le long de l'avenue de France pour mener à la Seine. L'urbaniste rêve qu'un jour, comme sur ceux d'Amsterdam ou de Vienne, les passants s'arrêtent pour venir s'asseoir quelques instants sur les marches d'un escalier, en suspens dans la ville qui bat son plein autour.